Marais Poitevin
Histoire du Marais Poitevin | Comprendre la typologie du Marais Poitevin
Histoire du Marais Poitevin
Au départ, le marais poitevin était une zone recouverte par la mer (le golfe des Pictons). Progressivement, cette dernière s'est retirée, laissant derrière elle une zone marécageuse. Des traces d'occupation pré- et protohistorique ont été identifiées sur ses anciennes rives ainsi que sur les anciennes îles aujourd'hui incluses dans les terres.
A partir du VIIe siècle, de grands seigneurs féodaux ont procédé à des donations de parties du marais au bénéfice des abbayes alentours (les plus connues sont Maillezais, Nieul-sur-l'Autise, l'Absie, Saint-Maixent, Saint-Michel-en-l'Herm) ; des travaux d'aménagement ont ainsi été lancés, dans le but d'exploiter de manière plus organisée la productivité de ces milieux (cultures, élevage, saliculture, pêcheries...). Les premiers endiguements de marais desséchés ont été réalisés à cette époque, de même qu'y ont été creusés les premiers grands canaux évacuateurs, comme le canal des Cinq-Abbés, au nom évocateur. Les guerres de religion ont ensuite quelque peu arrêté le développement de cette zone.
Les travaux de dessèchement sont repris et intensifiés sous Henri IV, qui, à l'issue des Guerres de religion et dans une perspective de reconstruction, accorde divers privilèges à des investisseurs huguenots originaires des Pays-Bas. Nommé Grand maître des digues du royaume par le roi, l'ingénieur Flamand Humphrey Bradley n'intervient cependant pas dans le Marais poitevin. De grands aristocrates de la Cour ne tardent pas à entrevoir les profits qui peuvent être tirés de ces dessèchements, malgré les difficultés nombreuses qu'ils rencontrent dans leur réalisation.
Napoléon 1er prend en 1808 un décret d'aménagement de la Sèvre Niortaise, pour en conforter la vocation navigable. Cette décision constitue le 1er acte d'une campagne de grands travaux qui vont, entre le début du XIXe siècle siècle et le début du XXe siècle, donner au marais mouillé l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui. On peut considérer également ce décret, qui place la police de la navigation et de l'eau du fleuve domanial sous l'unique responsabilité de l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées des Deux Sèvres, se conforme à la logique hydrographique du bassin versant de la Sèvre Niortaise qui conditionne sa gestion. À l'inverse, la création par la Révolution française des départements divise artificiellement cet espace entre la Vendée, la Charente Maritime, et les Deux Sèvres.
Sous la Restauration, une ordonnance royale de Louis Philippe (« À tous, présents et à venir, salut ! ») structure les marais mouillés en syndicats départementaux de propriétaires. Ces syndicats se fédèrent par la suite en une Union des marais mouillés, dont la vocation est d'assurer une cohérence d'ensemble sur ce territoire. C'est dans cette période (à partir des années 1835 et jusque vers 1850)que sont percés ou aménagés les canaux évacuateurs de crue et les grandes « rigoles » telle que celle de La Garette.
De grands travaux hydro-agricoles ont été réalisés dans les années 1960 (remembrements, création de nouveaux évacuateurs, recalibrage de canaux), puis dans les années 1980 (développement du drainage agricole par drains enterrés), dans une perspective d'assèchement généralisé et d'intensification de la production agricole, avec une spécialisation de plus en plus marquée des exploitations dans les cultures céréalières.
Du coup, une polémique est née de la sur-exploitation des richesses hydrauliques du secteur. L'assèchement forcé du marais mouillé provoquerait un recul de la bio-diversité, notamment pour une très grande quantité d'oiseaux (plus de 250 espèces répertoriées). Le déclassement du parc naturel en 1997 a provoqué une remise en question lourde chez tous les acteurs du lieu qui doivent œuvrer en commun pour ne pas détruire une espace naturel très particulier et fragile.
Comprendre la typologie des marais
Nom des différents canaux (approximativement dans l'ordre du moins important au plus important): le fossé, la conche, le bief, la route d'eau, la broue, la gonnelle, la rigole, le canal, le contre-bot (…)
Le terme « marais desséché » ne signifie pas qu'il n'y a plus d'eau mais qu’il n'est plus inondable, au contraire du « marais mouillé » qui l'est.
Il ne peut y avoir de marais desséché sans marais mouillé. En effet, ce dernier agit comme une éponge qui permet de réguler l'apport d'eau en provenance du bassin versant. Les eaux d'inondations s'y épandent, ce qui protège le marais desséché des crues. Autrefois composé de vastes espaces de prairies, le marais desséché a été gagné au cours du XXe siècle par les cultures intensives (céréales, maïs, tournesol,...).
Le marais desséché est en fait un polder. Il est cerné de digues qui le protègent à la fois de la mer et de l'eau du bassin versant.
L'eau est évacuée au moyen de portes à flot (ou portes à la mer) qui laissent partir l'eau à marée basse. À marée haute, la pression de la mer ferme les portes et empêche l'eau salée de refluer dans les cultures. Durant la saison sèche, les portes à flot sont fermées, afin de garder l'eau nécessaire à l'irrigation naturelle par le sol.
Depuis l'origine, un conflit existe entre les agriculteurs des marais mouillé et desséché. Ceux du marais desséché ont hérité de prérogatives sur la gestion des vannes. En période de sécheresse, ils irriguent leurs terres avec l'eau stockée par les marais mouillés, mettant en péril les cultures et l’élevage dans ces marais. Ce phénomène, bien qu'ancien, est encore accentué de nos jours par la culture intensive du maïs, fort gourmand en eau (cette plante nécessite plus d'eau qu'il n'en tombe). Notons que ces pratiques ont de nombreux effets pervers: l'introduction du maïs au cœur même du marais mouillé a incité les gestionnaires à évacuer le plus possible d'eau pendant la saison humide pour éviter les inondations qui auraient compromis les semailles, privant ainsi le marais de son rôle d'éponge (il stocke l'eau pour la restituer à la saison sèche). Un autre phénomène découle directement des effets conjugués des sècheresses et de la gestion de l'eau: le manque d'eau réduit fortement les débits des fleuves du Marais Poitevin (la Sèvre Niortaise et le Lay), ce qui a pour conséquence l'accélération dramatique d'un phénomène naturel, l'envasement.L'envasement a augmenter aussi par la non prise en charge par les collectivités du curage.Seul le département de la Vendée, depuis 2006,reprend des campagnes de curage. Cela compromet fortement tout un pan de l'économie littorale du Marais Poitevin, la conchyliculture, et de nombreux conflits d'intérêts naissent entre les exploitants agricoles et les ostréiculteurs et mytiliculteurs de la Baie de l'Aiguillon.
Le marais mouillé est donc tributaire des inondations. C'est ce qui explique que s'y soient développées des cultures de cycle court, comme celle des mojhettes (haricots blancs) dont le cycle est de trois mois, ce qui correspond à la période hors risque d'inondation. L'élevage a longtemps été l'activité principale des marais mouillés, où se sont développées des coopératives laitières.
Depuis les années 1980, le contexte d'intensification des productions s'est traduit dans le marais mouillé comme ailleurs par des tentatives d'introduction du maïs, mais les contraintes liées au régime des eaux (inondations de printemps et/ou d'automne) ont fait que cette culture n'y a pas produit les résultats escomptés. Elle s'est par contre beaucoup développé sur les coteaux calcaires avoisinant le marais, avec en corollaire la mise en place de pratiques d'irrigation agricole . Il peut même arriver, à certaines époques et dans certains endroits du marais, de voir l'eau remonter vers l'amont! l'explication est simple, au lieu que la nappe phréatique alimente la rivière, c'est la rivière qui se jette dans la nappe phréatique...
La déprise agricole se traduit actuellement par un entretien insuffisant des canaux qui bordent les terrains. En certains lieux, les propriétaires ont tendance à réunir leurs parcelles contiguës pour n'en former qu'une seule. La conséquence conjuguée d'un tel remembrement et d'un manque d'entretien aboutit à une moindre efficacité du marais mouillé qui assure de moins en moins bien ses rôles d'éponge, de régulateur et de filtre épurant les eaux.
Au delà de la carte postale de la "cathédrale de verdure", il faut comprendre que le Marais Poitevin est un milieu fragile, artificiel, en grande partie dessiné par l'homme, mais soumis à la loi de l'hydraulique. L'espace abandonné par l'océan au fil du temps s'est peu à peu comblé d'alluvions d'origine marine (le bri) ou fluviale. Le résultat est une grande étendue plane, altimétriquement située à un niveau intermédiaire entre celui des marées hautes et des marées basses.
Alimenté en eau douce par les fleuves et ruisseaux côtiers des bassins versants de la Sèvre Niortaise, de La Vendée et du Lay, ce milieu est perpétuellement en équilibre instable. Le marais n'est pas un espace linéaire, il n'est même pas une juxtaposition de cours d'eau, il est un organisme complexe, tridimensionnel, dont les canaux sont comme les vaisseaux sanguins du corps humain. Modifiez la pression artérielle, c'est votre organisme qui s'effondre, supprimez les digues de protection à la mer, vous obtiendrez un effet de marnage qui inondera tout à marée haute et assèchera les canaux à marée basse.
Le maintien du milieu est le résultat d'un subtil équilibre de gestion de l'eau douce: il faut évacuer le trop plein en temps de crue (ce qui n'est possible qu'à marée basse) et garder de l'eau en période d'étiage. Selon les années, en cas d'étiage sévère, il peut arriver que les ouvrages qui gérent l'estuaire demeurent fermés plusieurs mois d'affilée. Ce fut le cas notamment en 1989.
Source : Wikipedia
Par Coulontourisme, 26 janvier 2007 à 15:53 - A voir - #30 - rss


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